Camions électriques : une réalité déjà sur nos routes

S’ils sont encore discrets dans notre quotidien, les camions électriques pourraient jouer un rôle clé dans la réduction des émissions du transport routier. À quoi ressemblent-ils ? Où circulent-ils déjà ? Et surtout, peuvent-ils vraiment remplacer les camions diesel ? Tour d’horizon d’une révolution silencieuse… au sens propre.

Quand on parle de véhicules électriques, on pense spontanément aux voitures ou aux scooters. Mais une autre transformation, plus silencieuse encore, est en cours : celle du transport de marchandises. Les premiers camions électriques commencent à apparaître sur les routes européennes et les déploiements devraient s’intensifier au cours des prochaines années.

À quoi ressemble un camion électrique aujourd’hui ?

Reconnaissons-le ! Il n’est pas facile de distinguer un camion électrique d’un modèle thermique. A l’œil nu, les différences sont minimes. Si les plus attentifs repèreront facilement l’absence de bruit, un camion électrique ressemble beaucoup à un camion classique. Cabine, remorque, dimensions : pour le citoyen lambda, les différences sont souvent discrètes.

La grande transformation se trouve sous la cabine. Le moteur thermique est remplacé par un moteur électrique alimenté par une batterie. Bien plus importante que celle embarquée à bord des voitures électriques, cette batterie peut dépasser 500 kWh pour les modèles les plus performants, soit l’équivalent d’une dizaine de citadines.

Aujourd’hui, la plupart des grands constructeurs proposent déjà des camions électriques. Renault Trucks, Volvo, Scania, Iveco, Daimler ou encore MAN ont tous lancé leurs premières gammes, signe que le marché entre dans une phase d’industrialisation.

Des camions électriques déjà en circulation

Contrairement à une idée répandue, les camions électriques ont largement dépassé le stade du prototype. Ils sont déjà sur le terrain. Livraisons de colis, distribution alimentaire, collecte de déchets, logistique de proximité… ils sont déjà utilisés dans de nombreuses applications urbaines et régionales. Un positionnement logique : ces véhicules sont particulièrement adaptés aux trajets réguliers et prévisibles, par exemple entre un entrepôt logistique et un centre-ville. Dans les faits, les chiffres du marché confirment cette progression. Selon une récente analyse de l’International Council on Clean Transportation (ICCT), plus de 13 000 camions électriques moyens et lourds ont été immatriculés en Europe en 2025. Les camions électriques représentent désormais 4,5 % des ventes de poids lourds, contre 2,5 % un an plus tôt. Sur le segment des tracteurs routiers de plus de 12 tonnes, environ 5 000 camions électriques ont été vendus dans l’Union européenne en 2025, soit 1,9 % du marché.

La progression est encore plus marquée pour les camions de taille intermédiaire (3,5 à 12 tonnes), où la part des modèles zéro émission est passée de 10 % en 2024 à 21 % en 2025.

L’autonomie : la grande question

Quand on évoque les camions électriques, une question revient presque toujours : jusqu’où peuvent-ils rouler ? Dans la pratique, la réponse dépend surtout de l’usage. Pour les missions urbaines et périurbaines — livraisons, collecte ou logistique locale — les distances parcourues chaque jour dépassent rarement quelques centaines de kilomètres. Or, ces distances correspondent précisément aux capacités actuelles des camions électriques.

Les premiers modèles disponibles offrent déjà 250 à 300 km d’autonomie, de quoi couvrir une grande partie des tournées régionales. Et les progrès sont rapides : pour les trajets plus longs, les constructeurs développent désormais des véhicules capables de parcourir plus de 500 km, ouvrant progressivement la voie au transport longue distance.

Et la recharge ?

Dans la plupart des cas, la recharge d’un camion électrique se fait simplement au dépôt pendant la nuit. Le camion repart alors le matin avec une batterie pleine pour assurer sa tournée. Pour les trajets plus longs, des recharges rapides peuvent être effectuées pendant les pauses. Avec des bornes puissantes et des standards de charge adaptés — comme le Combo CCS aujourd’hui ou le futur Megawatt Charging System (MCS) — il devient possible de récupérer plusieurs dizaines de kilomètres d’autonomie en seulement quelques minutes.

L’infrastructure suit progressivement. Si la recharge au dépôt devrait couvrir environ 70 % des besoins, le réseau public commence lui aussi à se structurer. En France, 56 stations de recharge dédiées aux poids lourds sont déjà ouvertes à l’itinérance. Un maillage encore limité, mais en forte accélération, notamment sous l’effet des nouvelles règles européennes qui imposent l’installation de stations de recharge le long des grands corridors de transport.

Le temps de pause réglementaire, nouvel allié de l’électrique

Elément souvent oublié : un camion ne roule pas en continu. Entre les opérations de chargement, de déchargement et les pauses réglementaires, les arrêts sont fréquents. La réglementation européenne impose par exemple une pause de 45 minutes toutes les 4 h 30 de conduite. Autant d’opportunités pour recharger sans impacter l’exploitation.

Des bénéfices concrets pour les villes

L’intérêt des camions électriques ne se limite pas aux émissions de CO2. Leur impact est aussi très concret au quotidien.

Premier bénéfice : la qualité de l’air. En supprimant les émissions à l’échappement, ils réduisent fortement les polluants liés au diesel, notamment les oxydes d’azote (NOx).

Deuxième avantage : le bruit. Ou plutôt, son absence. Un camion électrique est nettement plus silencieux qu’un modèle diesel. Résultat : moins de nuisances pour les riverains et de nouvelles possibilités logistiques.

À la clé, une transformation des usages : dans certaines villes, les livraisons nocturnes deviennent envisageables, permettant de désengorger la circulation en journée sans dégrader la qualité de vie.